Décryptage IA22 juin 2026
OpenAI et Anthropic sont-ils en train de devenir des super prédateurs ?
Aujourd'hui, les grands laboratoires d'intelligence artificielle ne se contentent plus de fournir des modèles de langage. Ils nouent des partenariats avec des éditeurs de logiciels, des plateformes e-commerce ou encore des outils de création afin d'intégrer leurs technologies au cœur de nombreux produits. Ces collaborations profitent aux deux parties, mais elles soulèvent également une question stratégique. En observant les usages de leurs partenaires et les besoins de leurs utilisateurs, OpenAI et Anthropic acquièrent-ils progressivement les connaissances nécessaires pour développer leurs propres solutions et remonter la chaîne de valeur ? C'est précisément la question à laquelle cet article tentera de répondre.

Les partenariats accélèrent l'adoption de l'intelligence artificielle
Pour les laboratoires d'IA, conclure des partenariats avec des éditeurs de logiciels est avant tout un moyen d'accélérer l'adoption de l'intelligence artificielle dans les organisations. Plutôt que de demander aux utilisateurs de changer leurs habitudes, ils intègrent directement leurs technologies dans des outils déjà utilisés au quotidien pour opérer une transition fluide.
Cette stratégie est bénéfique pour l'ensemble de l'écosystème, d'un côté, les entreprises enrichissent leurs produits avec de nouvelles fonctionnalités basées sur l'IA, tandis que les laboratoires diffusent leurs modèles auprès de millions d'utilisateurs sans avoir à développer eux-mêmes chaque logiciel métier.
Au-delà de l'adoption de l'intelligence artificielle, ces partenariats peuvent également constituer un avantage stratégique pour les laboratoires.
En collaborant avec des entreprises de nombreux secteurs, ils développent une meilleure compréhension des attentes du marché, des fonctionnalités les plus demandées et des usages qui concentrent le plus de valeur pour les utilisateurs.
Cette accumulation de connaissances soulève alors une question : à mesure que leurs modèles gagnent en maturité, les fournisseurs d'IA pourraient-ils développer eux-mêmes certaines des fonctionnalités aujourd'hui proposées par leurs partenaires ?
Autrement dit, ces partenariats contribuent-ils aussi à leur permettre de remonter progressivement la chaîne de valeur ?
Plusieurs exemples illustrent cette évolution
Chez Anthropic, Figma utilise Claude pour alimenter Figma Make. Dans le même temps, Anthropic développe Claude Design, un ensemble de fonctionnalités permettant de créer des interfaces, des présentations et des prototypes directement avec son propre assistant.
Le même phénomène apparaît dans le développement logiciel. Cursor s'appuie largement sur les modèles Claude pour proposer un environnement de programmation assisté par IA. En parallèle, Anthropic développe Claude Code, son propre agent dédié au développement.
OpenAI suit une logique comparable. Canva utilise les modèles d'OpenAI dans Magic Studio et propose également une intégration officielle dans ChatGPT. Pourtant, ChatGPT est désormais capable de générer et de modifier des présentations, des images ou d'autres contenus visuels sans nécessairement passer par Canva.
Dans le commerce en ligne, Shopify permet à ChatGPT d'explorer son catalogue afin de faciliter la découverte de produits. Parallèlement, OpenAI développe progressivement des fonctionnalités d'achat directement intégrées à ChatGPT, même si la transaction finale reste réalisée par le commerçant.
Pris séparément, chacun de ces exemples peut s'expliquer par une évolution naturelle des modèles d'IA. Ensemble, ils dessinent néanmoins une tendance : les fournisseurs d'IA élargissent progressivement leur périmètre fonctionnel.
Ces partenariats ouvrent-ils la voie à de futurs concurrents ?
Cette réflexion n'est pas uniquement théorique. Depuis plusieurs mois, plusieurs annonces laissent entrevoir une même dynamique : après avoir intégré leurs modèles au sein de produits tiers, les grands laboratoires d'IA développent progressivement leurs propres fonctionnalités sur ces mêmes marchés.
Pris isolément, chacun de ces exemples peut s'expliquer par l'évolution naturelle des modèles d'IA, en revanche lorsqu'on les observe dans leur ensemble, on peut entrevoir que les laboratoires d'IA ne se limitent plus à fournir une technologie : ils développent progressivement leurs propres produits sur des marchés où leurs partenaires occupaient déjà une position établie.
C'est précisément cette évolution qui soulève une question stratégique pour les entreprises. En aidant les laboratoires à diffuser leurs modèles et à mieux comprendre les usages de leur marché, participent-elles aussi, indirectement, à l'émergence de futurs concurrents ?
Les entreprises doivent-elles s'inquiéter ?
Il serait prématuré d'affirmer que tous les partenaires d'OpenAI ou d'Anthropic deviendront un jour leurs concurrents.
De nombreuses entreprises continueront de se différencier grâce à leur expertise métier, leur connaissance de leurs clients, l'historique de leur marque et de leur produit ou encore leurs services, autant d'éléments qu'un modèle d'IA ne peut pas reproduire à lui seul.
En revanche, cette évolution invite les entreprises à s'interroger sur leur positionnement.
Si leur proposition de valeur repose principalement sur des fonctionnalités que les laboratoires d'IA peuvent intégrer directement à leurs propres produits, le risque concurrentiel pourrait progressivement augmenter.
La véritable question n'est donc peut-être pas de savoir si OpenAI et Anthropic sont devenus des « super prédateurs », mais jusqu'où ils choisiront de remonter la chaîne de valeur et quelle place ils laisseront à leurs partenaires dans cet écosystème en pleine transformation.



